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Nuits de nacre 2010

La Cité de l'accordéon | 23/01/2010

Nuits de Nacre 2010 – 23 ème édition

Dates : du jeudi 16 au dimanche 19 septembre

MUSETTE METISSE

“L’accordéon c’est Paris et Paname” (Yves Montand)

“Le musette est un mot qui fait peur. Pourtant, tout à la fois java, valse et complainte, il représente en France ce qu’est le blues aux Etats-Unis ou le tango en Argentine. Toutes ces musiques ont pour point commun d’être apparues aux quatre coins du globe à la même époque, à l’aube de ce siècle. Elles sont, toutes les trois, l’étrange fruit d’un métissage culturel et humain profondément original” (Richard Galliano)

Il est né le divin enfant, jouez hautbois, résonnez musettes ! (cantique de Noël)
Utilisée à la cour au Moyen Âge, la musette de la famille des cornemuses était l’instrument préféré des pâtres.
Au XVIIIe siècle, la musette est une danse de théâtre au tempo lent à 2 ou 3 temps. Au XIXe, son sens a changé et c’est devenu un bal dans lequel on danse au son de la cornemuse ou de la musette auvergnate, d’où son nom de bal à la musette.
C’est au XXe que l’accordéon supplante la cabrette (instrument emblématique du Massif Central) et que la valse détrône la bourrée.
La cabrette des auvergnats rencontre à Paris l’accordéon des italiens et donne à ces bals leur appellation de bals musettes. Toute histoire véhicule sa part de légendes et la réconciliation entre l’accordéon et la cabrette est officiellement située en 1902.
L’anecdote a pour cadre le bal d’Antoine Bouscatel, le plus célèbre joueur de cabrette de la rue de Lappe, véritable fief auvergnat. Charles Péguri aurait demandé à y jouer malgré les réticences du patron et des clients. Quelques mazurkas … Charles Péguri épouse la fille de Bouscatel quelques années plus tard et s’installe au premier étage du bal, dans un atelier logis qui deviendra le point de rendez vous des accordéonistes de la capitale.
Dans le musette, les danseurs cherchent des danses faciles, sensuelles, rapides, des danses susceptibles d’être dansées dans des espaces réduits, jusqu’à une arrière salle de bistro. Le genre d’établissement que désigne bal musette n’a jamais été défini avec exactitude. Cette dénomination ne s’applique pas seulement aux bals auvergnats. L’appellation bal musette est accolée à des établissements modestes, populaires, populaciers. Bals abjects du Paris crapuleux, curiosités repoussantes, bals de rebut : telles sont les définitions ordinaires des musettes dans le journal l’Egalité en 1889.
Le 24 juin 1879, un rapport de police récapitule les adresses de tous les bals musettes de Paris suivie des noms des propriétaires. Le total s’élève à 130 dont 26 pour le 11e arrondissement, fief des auvergnats implantés Rue de Lappe depuis Louis XV.
Dans le Courrier Français, Emmanuel Patrick nous informe de sa découverte le 25 avril 1886 chez Carrié (95, rue de Charonne) : C’est un cabinet, 3 couples de valseurs peuvent à peine y évoluer. Le plus curieux c’est l’espèce de cage en bois fixée en haut du mur où un individu monte à l’aide d’une échelle. Ce monsieur armé d’un accordéon, représente le personnel des musiciens et la cage en question l’orchestre !
C’est la première fois que l’accordéon est signalé dans un bal qualifié de bal accordéon, terme sans lendemain car bal musette continuera d’être le terme de tous ces bals. Initialement ouverts le dimanche pour une clientèle familiale, les bals musettes finiront par devenir publics et par accueillir une population plus importante tous les soirs de la semaine. Fréquentés par le public ouvrier mais aussi par une faune peu recommandable en mal de distractions (apaches, marlous, gigolettes) constitués en bandes rivales, dont certaines figures resteront célèbres (Casque d’Or, le Corse, la Panthère, le Dénicheur …), les bals musette attirent dès le début du siècle quelques nantis avides de sensations fortes pour danser les mazurkas, les polkas, la java et la valse musette.
Les bals populaires ont fermés leurs portes durant la Grande Guerre : leur tourbillon n’a repris qu’en 1919. Placées sous le signe de la danse et ce dans toutes les couches de société, les années folles (1919 – 1929) sont fécondes en chansons sur le sujet.
Le public des beaux quartiers dans les dancings, théâtres et cafés concerts, celui des quartiers populaires, au bal musette. D’un côté, tango, fox trot, one step, de l’autre les danses à l’accordéon.
Rupins désireux de s’encanailler, engouement de la bourgeoisie pour le monde apache, dans le haut lieu de la culture populaire, la Bastille, la rue de Lappe.
Une clientèle, des codes, un accordéon à vibrations un brassage culturel, un métissage avec le tango argentin, le paso doble espagnol, la salsa,le charleston puis à partir des années 30, la rumba cubaine, la biguine antillaise… le répertoire des bals musette s’enrichit de morceaux plus mondains.
Années 20 : Charles Péguri, Martin Cayla, Joseph Colombo, Emile Vacher, Jean Vaissade (…) l’accordéon sort de l’ombre grâce aux disques enregistrés (Odéon, Pathé, Gramophone). Vers 1935 : la mode des bals musette et des chanteurs de musette est déjà passé. Django Reinhardt accompagne des jeunes vedettes de la chanson, le jazz arrive… le genre accordéon n’a plus qu’à retourner aux bals musette et au public populaire. Mais son émancipation a peut être permis au prolétariat de prendre conscience de son importance dans la vie du pays. Désormais, la lutte se place sur un autre front, qui prendra le nom de Populaire. La culture du peuple est à l’honneur. La chanson musette devenue la chanson qui incarne Paris.
Accordéon Libération, l’après guerre grave l’oubli d’années tourmentées dans la réouverture des bals musettes et des guinguettes qui progressivement disparaissent du paysage parisien au cours des années 50 pour se réfugier dans les bals de province, souvent un désastre artistique comme l’a qualifié Didier Roussin.
Le répertoire musette évolue, se métamorphose, s’égrène, fuse et se diffuse.
Il devient new musette, rock musette, klezmer, tsigane, jazz musette : il est multiple, il est métisse.
Il y a quelques années, Astor PIAZZOLLA m’a dit : vous avez une image d’accordéoniste de jazz, trop proche des Américains. Ce n’est pas bon du tout. Retrouvez vos racines françaises. Il faut que vous vous lanciez dans le new musette, comme moi j’ai inventé le tango nuevo. Comme une étincelle, la révélation fut foudroyante, décisive. Une invitation brutale à «remettre les compteurs à zéro» (…) pour entraîner, enfin, son instrument trop longtemps mal-aimé, condamné par beaucoup comme démodé, dans un nouveau tangage, vers de nouveaux rivages: le new musette. (Richard Galliano)
Le musette est avant tout une aventure humaine métissée par les histoires, les cultures, une tradition urbaine, un puzzle compliqué avec toutes ses influences.
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